Les Carthaginois alliés aux Ligures et aux Arvernes traversent les Alpes [printemps -207]
L'entreprise d'Hasdrubal fut un franc succès. En attendant que les cols alpins soient praticables, et après avoir stationné plusieurs semaines (mois) en Gaule, Hasdrubal a recruté de nombreuses troupes auxiliaires. Au cours de l'avancée de ses troupes dans les Alpes, Hasdrubal se voit progressivement rejoint par les troupes recrutées plus tôt auprès des Ligures, des Arvernes et d'une multitude de peuplades alpestres.
Tite-Live, Histoire Romaine, XXVII, 38 : "Alors que tous pensaient que les consuls devaient partir au plus tôt pour la guerre - il fallait marcher au devant d'Hasdrubal dès sa descente des Alpes, de peur qu'il ne gagnât les Gaulois Cisalpins et l'Étrurie, dressée vers l'espoir d'une révolution"
Tite-Live, Histoire Romaine, XXVII, 39 : "À Rome, l'alarme grandit au reçu d'une lettre de Gaule qu'envoyait le préteur Lucius Porcius, Hasdrubal, disait-il, avait quitté ses quartiers d'hiver et passait déjà les Alpes; huit mille Ligures, enrôlés et armés, se joindraient à lui quand il arriverait en Italie, si l'on n'envoyait contre les Ligures un homme capable de les occuper par la guerre qu'il leur ferait ; pour, lui, Porcius, il s'avancerait, avec sa faible armée, aussi loin qu'il le jugerait sûr. Cette lettre obligea les consuls, leurs levées de troupes précipitamment achevées, à partir pour leurs "provinces" plus tôt qu'ils ne l'avaient décidé, dans l'intention de contenir, l'un et l'autre, l'ennemi dans leur "province" et de ne pas laisser les deux généraux carthaginois se joindre ni réunir leurs forces. Ce qui les aida le plus pour cela, ce fut une erreur de jugement d'Hannibal qui, s'il pensait bien que son frère parviendrait cet été-là en Italie, en revanche, se rappelant quelles difficultés innombrables il avait lui-même éprouvées, au passage du Rhône, puis des Alpes, à lutter contre les hommes et contre le terrain pendant cinq mois, ne s'attendait nullement à une traversée aussi facile et aussi rapide que fut celle d'Hasdrubal ; c'est pourquoi il quitta trop tard ses quartiers d'hiver. Mais, pour Hasdrubal, tout fut plus prompt et plus aisé que lui-même et les autres ne l'espéraient. Non seulement, en effet, les Arvernes, puis tour à tour, les autres peuplades gauloises et alpines le reçurent bien, mais encore elles le suivirent à la guerre. De plus, il conduisait ses troupes par des endroits frayés, le plus souvent, par le passage de son frère, mais auparavant sans chemin; et surtout l'habitude de voir franchir, depuis douze ans, les Alpes, devenues accessibles, avait adouci le naturel des gens parmi lesquels il passait. Auparavant, en effet, hors de la vue des étrangers et inaccoutumés eux-mêmes à en voir sur leur terre, ils n'avaient aucune relation avec le genre humain; et d'abord, ne sachant où allait le Carthaginois, ils avaient cru qu'il venait prendre leurs rochers, leurs bourgs et un butin de troupeaux et d'esclaves. Puis le bruit de la guerre Punique, qui, pour la douzième année, mettait à feu l'Italie, leur avait bien appris que les Alpes n'étaient qu'un passage; que deux villes très fortes, séparées par de grandes étendues de terre et de mer, se disputaient l'empire et ses richesses. Voilà les raisons qui avaient ouvert les Alpes à Hasdrubal."