Alalia / Alalié / Αλαλίη - Cette localité est mentionnée pour la première fois au Ve s. av. J.-C. par Hérodote (Histoire, I, 165 et I, 166) sous les formes Αλαλίη et Ἀλαλίην. Il s'agît de l'actuelle Aléria (Haute-Corse). Hérodote nous explique que, voulant échapper au siège de leur ville (Phocée > Φώκαια) par les Mèdes d'Harpage (Ἅρπαγος), mirent les voiles vers Χίου (Chios). Là ils tentèrent d'acheter les îles Οἰνούσσας (Oenusses > ïles voisines de Chios), sans succès. Ils se dirigèrent alors vers Κύρνον (la Corse) où vingt ans plus tôt, ils avaient fondé la colonie d'Αλαλίη, sous les conseils d'un oracles. Les phocéens ne se fixèrent en Corse que cinq années selon Hérodote. En effet, une vaste alliance associant les Etrusques et les Carthaginois fut constituée pour chasser les Phocéens de ce territoire. Une bataille navale s'en suivie (entre 540 et 530 av. J.-C.) au cours de laquelle les Phocéens sortirent victorieux, mais perdirent l'essentiel de leur navires. Les Phocéens survivant de cette tentative d'installation en Corse fuirent alors vers Ρήγιον (Reggio-de-Calabre), puis fondirent Ὑέλη (Hyele / Elea > aujourd'hui Ascea) en Οἰνωτπίης (Oenotrie). La colonie d'Αλαλίη entretenait des relations de nature totalement inconnue avec Μασσαλία (Marseille). Ces deux colonies étaient toutes deux d'origine phocéennes, néanmoins Αλαλίη paraît avoir été indépendante de la seconde.
Hérodote, Histoire, I, 165 :"Les Phocéens, comme ceux de Chios ne voulaient pas leur vendre à prix d'argent les îles appelées Oenusses ; dans la crainte qu'elles ne devinssent un marché, et que leur île ne fût ainsi fermée au commerce ; par cette raison les Phocéens partirent pour Cyrnos car vingt ans auparavant, ils avaient, sur la foi d'un oracle, bâti à Cyrnos une ville qui eut nom Alalie."
Hérodote, Histoire, I, 166 :"Lorsqu'ils furent arrivés en Cyrne, ils élevèrent des temples, et demeurèrent cinq ans avec les colons qui les avaient précédés ; mais comme ils ravageaient et pillaient tous leurs voisins, les Tyrrhéniens et les Carthaginois mirent les uns et les autres en mer, d'un commun accord, soixante vaisseaux. Les Phocéens, ayant aussi équipé de leur côté pareil nombre de vaisseaux, allèrent à leur rencontre sur la mer de Sardaigne. Ils remportèrent une victoire cadméienne ; mais elle leur coûta cher, car ils perdirent quarante vaisseaux, et les vingt autres ne purent servir dans la suite, les éperons ayant été faussés. Ils retournèrent à Alalie, et, prenant avec eux leurs femmes, leurs enfants, et tout ce qu'ils purent emporter du reste de leurs biens, ils abandonnèrent l'île de Cyrne, et firent voile vers Rhegium."
Les découvertes archéologiques réalisées à Aléria montrent que le site n'a cessé d'être occupé, Etrusques, Carthaginois, puis Syracusains occupèrent cette place. Aléria ne réapparaît dans l'histoire qu'à l'époque romaine. Devenue colonie romaine du temps de Sylla, elle sera par la suite mentionnée sous la forme Aleriam par Pline (Histoire Naturelle, III, 80) et Aleria par Pomponius Mela (Description de la Terre, II, 107). Cette colonie nous est également connue par quelques attestations épigraphiques.
Pline, Histoire Naturelle, III, 80 :"Dans la mer Ligurienne et près de la mer d'Étrurie, la Corse, appelée par les Grecs Cyrnos, dirigée du nord au midi, longue de 150.000 pas, large presque partout de 50.000, ayant 325.000 pas de tour: elle est éloignée des bas-fonds de Volaterra de 62.000 pas; elle renferme 33 villes et deux colonies, Mariana, fondée par C. Marius, Aléria, par le dictateur Sylla. En deçà est Oglasa; à une distance de moins de 60.000 pas de la Corse, Planaria, appelée ainsi à cause de l'aspect qu'elle présente, s'élevant à peine au-dessus du niveau de la mer, et par là trompeuse pour les navigateurs."
Pomponius Mela, Description de la Terre, II, 107 : "La Corse, plus voisine du rivage étrusque, est étroite et longue, et partout habitée par des barbares, à l'exception des colonies d'Alérie et de Mariana."
Attestations épigraphiques
Inscription d'Aléria (1) (AE 1962, 00144a) PRIN[CIPI] / COL(ONIAE) ALER[IA] / XV CIVITATES / SIBROAR[IAE(?)] / PATRONO
• Domínguez, A.-J., (2005) - « Spain and France (including Corsica) » in. Hansen, M.-H. & Nielsen, T.-H., (ed.) An Inventory of Archaic and Classical Poleis ; An Investigation Conducted by The Copenhagen Polis Centre for the Danish National Research Foundation, Oxford University Press, Oxford, pp.174-188
• Barruol, G., (1975) - Les Peuples préromains du sud-est de la Gaule, étude de géographie historique, Edition de Broccard, 2e édition.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique