• Plutarque : De l'Amour, XXII, Traduction de : Edm. Cougny, 1986, Paris, Errance
Texte:
Les exemples abondent chez vous qui accompagnez le dieu [l'Amour] dans ses' choeurs et dans ses fêtes : encore ne serait-il pas juste de passer sous silence Camma, [l'héroïne] de la Galatie. Cette femme, remarquable entre toutes par sa beauté, avait épousé le tétrarque Sinatos. Sinorix, le plus puissant des Galates en devint amoureux: il tua Sinatos parce que, lui vivant, il ne pouvait ni la forcer, ni la séduire. Camma, dans son malheur, eut pour refuge et pour consolation le ministère sacré qui l'attachait à Artémis et qui était héréditaire dans sa famille. Le plus souvent elle demeurait auprès de la déesse, sans recevoir personne, bien que plus d'un roi, plus d'un dynaste demandât sa main. Mais Sinorix lui-même ayant eu l'audace de lui faire parler de mariage, elle ne recula pas devant cette tentative ; point de reproches au sujet du passé ; elle feignit de croire que c'était par amour, par désir (de la posséder), et non par quelque autre mobile criminel qu'avait été poussé Sinorix.
Il vint donc plein de confiance et fit sa demande de mariage. Et Camma alla au-devant de lui, et, la main dans sa main, elle le conduisit à l'autel de la déesse. Là, avec une coupe qui contenait, à ce qu'il semble, de l'hydromel empoisonné, elle fit une libation, puis ayant bu à peu près la moitié de la liqueur, elle donna le reste au Galate. Quand elle vit qu'il avait bu, elle jeta un cri éclatant, et appelant par son nom celui qui était mort : " O mon époux bien-aimé, dit-elle, pour attendre ce jour, j'ai vécu loin de toi dans la douleur. Maintenant, reçois-moi avec joie, je t'ai vengé du plus lâche des hommes, heureuse, après avoir été ta compagne dans la vie, d'être la sienne dans la mort ! " Sinatos, emporté dans une litière, expira peu après, et Camma, ayant encore vécu ce jour-là et la nuit [suivante], mourut, dit-on, de bon 'coeur et avec allégresse.