les Gaulois menacent de se soulever contre le procurateur Licinius [-16:-15]
Le procurateur Licinius était un Gaulois, il avait été fait prisonnier par les Romains, était devenu esclave de César,avant d'être affranchi par ce dernier. A une date inconnue, il fut nommé procurateur de la Gaule par Auguste. Reprenant la description qui en était faite par Dion Cassius (Histoire Romaine, LIV, 21), Licinius unissait "l'avarice d'un barbare aux prétentions d'un Romain", il "abattit tout ce qui autrefois avait paru supérieur à lui, et opprima tout ce qui dans le moment avait quelque puissance". Ce dernier passage semble indiquer que le procurateur s'attaquait de façon privilégiée à l'élite gauloise. Au-delà de ces premiers points et des accusations de détournement d'importantes sommes d'argent, il avait largement augmenté l'imposition et le paiement des tributs mensuels en instaurant deux nouveaux mois dans l'année (un treizième et un quatorzième mois), en subdivisant le mois de décembre en trois mois distincts. Contre toute attente, l'empereur Auguste ne fit pas condamner Licinius, ce dernier ayant prétendu que ces nouveaux impôts visaient à affaiblir d'avantage les Gaulois, afin qu'ils n'aient pas les moyens financiers de se soulever contre Rome.
Dion-Cassius, Histoire Romaine, LIV, 19 : "Après cela, il partit pour la Gaule, sous le consulat de L. Domitius et de P. Scipion, prétextant les guerres qui s'y étaient élevées. La prolongation de son séjour dans la ville étant incommode à beaucoup de gens, parce que, d'un côté, en punissant nombre de citoyens qui s'écartaient des règlements, il se rendait odieux, et que, de l'autre, en leur faisant grâce, il était forcé de transgresser ses propres lois, il résolut de voyager, à l'exemple de Solon. Quelques-uns ont soupçonné Térentia, femme de Mécène, d'avoir été une des causes de ce voyage : il voulait, selon eux, se dérober aux propos qu'on tenait à Rome, et, continuer sans bruit son commerce avec elle dans un pays étranger ; car il en était tellement épris qu'il la fit un jour disputer de beauté avec Livie."
Dion Cassius, Histoire Romaine, LIV, 21 : "Auguste, pour ces motifs, n'eut donc pas besoin de recourir aux armes ; néanmoins il passa cette année et la suivante, où furent consuls M. Libon et Calpurnius Pison, à mettre ordre aux affaires de la Gaule. Ce pays, en effet, avait eu beaucoup à souffrir des Celtes et aussi d'un certain Licinius. Or ce malheur avait, selon moi, été surtout annoncé par une baleine : large de vingt pieds, et trois fois aussi long, semblable à une femme à l'exception de la tête, ce cétacé était venu de l'Océan s'échouer sur leurs côtes. Quant à Licinius, c'était un ancien Gaulois ; fait prisonnier par les Romains et devenu esclave de César, il fut affranchi par lui et nommé par Auguste procurateur de la Gaule. Unissant l'avarice d'un barbare aux prétentions d'un Romain, Licinius abattit tout ce qui autrefois avait paru supérieur à lui, et opprima tout ce qui dans le moment avait quelque puissance ; il leva de fortes sommes pour satisfaire aux exigences des fonctions dont il était chargé, il en ramassa également de fortes tant pour son compte personnel que pour les siens. Sa méchanceté alla au point que, les Gaulois payant certains tributs mensuels, il établit quatorze mois dans l'année, soutenant que Décembre, le dernier, n'en était véritablement que le dixième, et qu'il fallait, par conséquent, en compter deux encore, nommés l'un Undécembre, l'autre Duodécembre, et payer les sommes afférentes. Cette habileté faillit coûter cher à Licinius : les Gaulois, ayant saisi Auguste de l'affaire, lui adressèrent des plaintes telles que, sur certains points, il partagea leur irritation, chercha, sur d'autres, à excuser Licinius; prétendit ignorer certains faits, feignit de ne pas croire quelques autres, et en dissimula plusieurs, honteux d'avoir employé un tel procurateur. Mais Licinius, par un nouvel artifice, les joua tous de la façon la plus complète. Quand il s'aperçut qu'Auguste était irrité, et qu'il se vit sur le point d'être puni, il mena le prince dans sa maison, et, lui montrant ses nombreux trésors remplis d'or et d'argent, quantité d'autres objets précieux entassés en monceaux : « Maître, c'est à dessein, lui dit-il, c'est dans ton intérêt et dans celui des Romains que j'ai rassemblé tout cela, de peur que les indigènes, à la tête de tant de richesses, ne fassent défection. Aussi je les ai toutes conservées pour toi et je te les donne. » Ce fut ainsi que Licinius, sous prétexte qu'il avait, dans l'intérêt d'Auguste, énervé la puissance des barbares, se sauva du danger."