Nous n'avons de descriptions de l'Autre Monde que celles des textes insulaires, fortement christianisés. Le moyen âge irlandais a le plus souvent confondu l'Autre Monde merveilleux des dieux, ou Sid, et l'Au-Delà simplement post-humain. Le Síd ("Paix") est un monde parallèle au nôtre, qui, tout en étant différent ou lointain, s'y superpose ou le baigne, et dans lequel les êtres élus, choisis ou appelés, peuvent pénétrer à tout moment. Ses habitants sont, par définition, des dieux ou des héros divinisés. Il est localisé à trois niveaux :
-par-delà la mer, à l'ouest, dans des îles immenses et fortunées qu'on ne peut atteindre que par un voyage maritime ;
-sous la mer ou au fond des lacs, dans des palais d'or et de cristal dont l'entrée mystérieuse apparaît quelquefois fortuitement ;
-dans des collines et sous des tertres : à l'arrivée des occupants actuels de l'Irlande ou Goidels, leurs prédécesseurs divins, les Tuatha Dé Danann , ne pouvant s'opposer à l'invasion, se sont réfugiés sous terre. Ils y continuent la même vie qu'autrefois, tout en se mêlant de temps à autre aux hommes.
L'Autre Monde celtique n'a presque rien de commun avec le paradis chrétien, et il est très proche, par sa conception et ses multiples présences féminines, du Walhalla germanique et du paradis islamique. Ses occupants mènent une vie de joies et de délices : ils consomment une nourriture choisie et abondante, ils sont aimés de femmes d'une beauté extraordinaire et ils ont tous le même rang social élevé. Détail important : il y a un paradis mais il n'y a ni enfer ni purgatoire. Le châtiment des méchants se résout par l'inexistence.
Les deux points essentiels sont que les gens du síd échappent à la contrainte du temps et aux contingences de l'espace. Les hommes qui y vont ont souvent des surprises (voyages beaucoup plus longs ou plus courts que ce qu'ils pensaient). Les êtres humains qui y pénètrent changent d'état et de condition. Le retour à l'état d'humanité est interdit. En effet, tout rapport exact est interdit entre le fini et l'infini. L'Autre Monde est éternel et inchangé, et il n'est pas limité par les trois dimensions spatiales. De même, sa perfection rend inutile toute distinction sociale. Tous les dieux y sont druides, tous les druides y sont dieux.