Entrons maintenant en Libye. Après avoir franchi l'embouchure canopique, vous rencontrez les Adyrmachides, nation libyenne ; puis vous passez l'embouchure thonide, puis vous voguez vers le Phare, isle déserte de cent cinquante stades de diamètre, et ayant des ports fort commodes. Comme on n'y trouve pas d'eau fraîche, les navigateurs vont s'en pourvoir au marais Maria, où elle est très potable. De l'isle de Phare à ce marais, la navigation n'est pas longue. Vous découvrez ensuite la Chersonnèse avec un port, et dont la côte est de deux cents stades ; puis, vous arrivez Plinthinos, dont le golfe jusqu'à Acte la Blanche, s'est ouvert jour et nuit aux navigateurs. L'étendue, de ce golfe est double à l'extrémité de sa profondeur, de ce qu'elle est à son embouchure. Ses côtes sont couvertes d'habitations. D'Acte la blanche jusqu'au port de Laodanuntium, il y a une demi journée de navigation. Il en est ainsi de ce dernier port à celui du Paraitononion. Vient ensuite la ville d'Apis C'est là que finit le territoire de l'Egypte.
La contrée qui s'étend depuis la ville d'Apis jusqu'aux Hespérides, est habitée par les Marmarides, nation libyenne Le trajet par mer, depuis Apis jusques aux écueils de Tyndare, est d'un jour. L'espace est le même depuis ce dernier lieu jusqu'au port de Plynos, de la moitié moins de Plynos au port de Petrante, d'un jour de navigation, de Petrante à Menelas ; d'un jour aussi, de Menelas à Cyrthanion, d'un demi-jour de Cyrthanion au port d'Antipygos, et enfin d'un demi jour d'Antipygos au petit port de Petrante. Lorsqu'en sortant de ce petit port de Petrante, vous avez navigué pendant un jour, vous trouvez sur votre route, le port des Anchitides-Chersonnèses, situé dans la contrée de Cyrène, vous avez dû découvrir au milieu de cette route, les deux isles Acdonia et Platée, qui ont des ports.
Le pays situé au-delà de la Chersonnèse, fournit le Laserpitium ; si vous le parcourez dans les terres jusqu'aux Hespérides, vous lui trouverez une étendue d'environ deux mille cinq cents stades. L'isle l'Aphrodisias fournit des rafraîchissements aux vaisseaux. Il y a aussi un port à Naustathmos, éloigné d'un jour de chemin de la Chersonnèse, de cent stades du port de Cyrènes et de quatre vingt stades seulement de la ville de Cyrènes, car on sait qu'elle est placée au milieu des tettes et plus près de la Chersonnèse que son port. Tous ces ports sont fort commodes, et fournissent un abri sûr aux vaisseaux dans toutes les saisons. De distance en distance on trouve encore des havres dans de petites isles isolées, et plusieurs péninsules utiles aux navigateurs. Du port de Cyrènes à celui de Barcès, il y a cinq cent stades; la ville de Barcès est éloignée de la mer de cent stades. Du port de Barcès aux Hespérides, il y a six cent vingt stades (44). [.................................] le golfe Phycos ; là est le jardin des Hespérides. Ce lieu a dix-huit orgys de profondeur. Escarpé de tous côtés il ne présente nulle part un accès facile ; il a la forme carrée, et son étendue en tout sens est de deux stades. Ce jardin est couvert d'arbres très épais et entrelacés les uns dans les autres ; les principaux sont le loto, des pommiers de toute espèce, des grenadiers, des poiriers, des arboisiers, le mûrier, la vigne, le myrte, le laurier, le lierre, l'olivier, l'olivier sauvage, l'amandier et le noyer. Outre les divers lieux dont j'ai parlé et qui sont auprès de ce jardin, il y a Ampelos, éloigné d'Apis de trente stades ; Chersonnèse, remarquable par la variété de ses jardins ; Zenertes, Tauchira, le bourg Caucalos, et la ville et le port des Hespérides, dont les murs sont baignés par le fleuve Ecceios. Ces divers lieux sont épars sur les bords de la mer, les uns du côté de Chersonnèse des Aulides, les autres en face de Cyrènes, et ceux-ci sous le vent jusqu'aux Hespérides.
Lorsque vous avez quitté ce dernier lieu, vous trouvez un grand golfe qu'on appelle Syrtis, qui peut avoir quatre vingt stades d'ouverture. Sa largeur depuis les Hespérides jusqu'à la ville de Néapolis, située sur son rivage, est de trois jours et trois nuits de navigation. Ce pays est habité par les Nasamones, nation libyenne qui s'étend sur la ligne gauche du golfe jusqu'à l'extrémité de sa profondeur. Au-delà sont les Libyens proprement dits. Depuis Syrte jusqu'à l'embouchure de ce golfe, vous voyez les Maces qui, pendant l'hiver ; réunissent leurs troupeaux sur les bords de la mer. Pendant l'été, comme l'eau leur manque dans cette région, ils vont les faire paître dans l'intérieur des terres. Au-delà de Syrtis, vous trouvez une vaste et magnifique campagne, au milieu de laquelle est la ville déserte de Cinyps. De Néapolis à Syrtis, il y a quatre vingt stades de chemin. Près de cette dernière est le fleuve Cinyps, au-dessous de l'embouchure duquel est une isle. La profondeur de ce golfe depuis les Hespérides jusqu'aux autels de Philainos peut être parcourue en trois jours et trois nuits ; mais sa largeur, à partir du fleuve Cinyphe jusqu'aux isles Blanches, comporte une navigation de quatre jours et de quatre nuits.
Une tribu libyenne, connue sous le nom de Lotophages, habite le pays qui s'étend au-delà de Syrtis jusqu'à l'embouchure du second golfe du même nom. Ces peuples emploient le loto tant pour leur nourriture que pour leur breuvage. Après avoir passé la ville de Néapolis, vous trouvez celle de Graphara, qui est dans la dépendance des Carthaginois. Ces deux villes sont éloignées l'une de l'autre d'un jour de chemin. Celle d'Abrotone est à la même distance de Graphara ; et d'Abrotone à [...] il y a la même étendue de chemin. En face de celle-ci est une isle appelée Brachion ; c'est dans cette isle, dont la longueur est de trois ; cents stades, et la largeur un peu moindre, qu'habitent les Catarichiens. Elle est éloignée d'environ trois cent stades du continent; là, naît le loto ; il y en a de deux espèces. L'une sert à la subsistance des habitants ; et avec l'autre ils font du vin la grosseur de ce fruit est égale à celle du fruit de l'arboisier. Ils font beaucoup d'huile avec le fruit de l'olive sauvage. Le territoire de cette isle est très fécond, et outre les fruits en abondance qu'il produit, on y récolte aussi du froment et de l'orge. Pour aller de Tarichie dans cette isle, on emploie un jour de navigation. Vient ensuite la ville d'Epichon qui en est éloignée d'un demi-jour. Vis-à-vis, d'elle est une isle déserte. Plus loin est l'isle Cercinnitis, avec une ville. A une journée et demie de navigation est Thapsos la petite, sise dans le golfe Tritonites, où est aussi le petit golfe Syrtis, appelé Cercinnitique, où la navigation est beaucoup plus dangereuse et difficile que dans l'autre Syrtis. La petite Syrtis a deux mille stades de diamètre. Là est l'isle Tritonos ; à l'embouchure du fleuve du même nom est le temple de Minerve Tritonienne. L'ouverture de ce golfe est très petite, et il s'y forme une isle lorsque la mer se retire. Ses bas fonds sont tels qu'à la haute marée même, les vaisseaux ne peuvent en approcher. Le lac que forment ici les eaux de la mer, est très grand. Son diamètre est d'environ mille stades. Ses côtes sont entièrement habitées par des Libyens, dont la ville capitale est au couchant. Tous ces Lybiens sont beaux hommes, de couleur blonde, et sans parure artificielle. Le pays qu'ils habitent est très riche et très fécond. Ils ont de nombreux troupeaux, d'une espèce très belle. Aussi, sont-ils aussi opulents qu'ils sont remarquables par la richesse de leur taille.
Après avoir traversé cette Syrte, vous trouvez Acapoeis, éloignée d'Adrymète de trois jours. Plus loin, à un jour et demi de navigation, est le promontoire Hermès, sur lequel est une ville. Si de Néapolis à l'autre mer qui baigne les murs de Carthage, vous faites la route par terre, en traversant l'isthme, vous trouverez cent quatre vingt stades. Ce pays forme une péninsule dans lequel il y a beaucoup de défilés. Si vous jugez à propos de vous embarquer, vous faites la même route en un jour et demi. Vous savezque le territoire de Carthage est dans un golfe.
Lorsque vous avez traversé l'isthme, vous apercevez Carthage, ville bâtie par les Phialiens, avec un port. Du promontoire Hermès jusqu'à Carthage, il n'y a qu'une demi-journée de navigation. En face de ce promontoire sont les isles Pontia et Cosyros. Cette dernière en est éloignée d'un jour de navigation. Un peu au delà de ce même promontoire, vers le soleil levant, on aperçoit trois petites isles habitées par les Carthaginois; la ville de Melita avec un port, celle de Gaulos et celle de Lampas où sont deux à trois tours qui servent de fanaux aux navigateurs. De Cosyros au promontoire de Lilybée en Sicile, il y a un jour de navigation. Après Carthage, et à une distance d'un jour de navigation, est la ville d'Utique. De cette dernière au promontoire du Cheval, il y a ...(45) sur ce promontoire est une ville du même nom et un lac dans lequel il y a des isles. Les villes bâties sur les bords de ce palus et dans les isles, sont [...] et Collops la grande, en face de laquelle sont les isles Naxique et Pittecusa, avec un port. Dans ces mêmes parages sont l'isle d'Eubée, où est une ville ; Thapsa et Caucasis ville et ports ; la ville de Sida, le promontoire de Iol, sur lequel est une ville avec un port ; la ville d'Ebdomos avec un port, l'isle d'Aciurn, dans laquelle sont une ville et un port ; et l'isle Psamathos, qui a une ville, un port et un golfe. C'est dans ce golfe qu'est l'isle Bartas avec un port. On trouve aussi dans ces lieux la ville de Cherea, sur le fleuve, celle d'Arylon, celle de Mes avec un port, celle de Sigon avec un port, et en face de laquelle est l'isle d'Acia ; celle de Me[...] avec un port, celle d'Acra sur un havre, l'isle déserte de Drinaupa, la colonne d'Hercule, le promontoire de Libye, et la ville d'Apanytie sur un fleuve. A l'opposite de cette dernière sont les isles Gadès. Si votre navigation est heureuse, vous employez sept jours et sept nuits à parcourir l'espace qui sépare la ville de Carthae des colonnes d'Hercule. Les isles Gadès, dont une a une ville, appartiennent l'Europe. Là sont les colonnes d'Hercule, Celle qui est en Libye est très petite, et celle qui est en Europe est très élevée; éloignées l'une de l'autre d'un jour de navigation, elles se tournent le dos.
Si vous suivez le calcul que j'ai employé pour les distances d'Asie et d'Europe, vous trouverez qu'en parcourant les diverses sinuosités que fait la mer, il vous faudra soixante cinq jours un quart pour parcourir toute la Libye, depuis l'embouchure Canopique qui est en Egypte, jusqu'aux colonnes d'Hercule. Toutes les villes, tous les comptoirs que j'ai passé en revue sur la Libye, depuis le golf Syrtis, auprès des Hespérides jusqu'aux colonnes d'Hercule, appartiennent aux Carthaginois. Si vous passez les colonnes d'Hercule, en laissant la Libye à gauche, vous rencontrez un grand golfe qui se prolonge jusqu'au promontoire Hermès ; car il y a encore ici un promontoire de ce nom. Au milieu du golfe est la ville de Pontium, près de laquelle est un grand lac, parsemé de plusieurs isles : les bords de ce lac sont jonchés de roseaux, de troènes, de plantes arborescentes épineuses, et de joncs. On y voit aussi des pintades; et c'est le seul endroit où elles se trouvent. Le lac porte le nom de Cephesias, et le golfe, qu'il ferme, celui de Cotès. Le promontoire Hermès, sur lequel sont les colonnes d'Hercule, se trouve au milieu. Au delà sont de vastes déserts qui s'étendent depuis la Libye jusqu'en Europe, et sur lesquels on ne trouve aucun fruit. Cette solitude est la même sur le promontoire d'Europe, qui est opposé à celui-ci. Il s'appelle le promontoire sacré.
Au delà du promontoire d'Hermès, est le fleuve Adonis, qui va se jeter dans le grand lac. On trouve ensuite le grand fleuve Lixos, sur les bords duquel est une ville phénicienne du même nom, et, en face d'elle, sur le bord opposé, une autre ville avec un port. Après le fleuve Lixos vient le Crabis, sur lequel est Thymiateria, ville phénicienne avec un port. En sortant de cette dernière ville, vous découvrez le promontoire de Soloente, qui s'avance beaucoup dans la mer. Cette, région-là est la plus célèbre de la Libye. C'est-là que viennent les différents peuples qui habitent, pour y exercer leur piété envers les Dieux. Au haut du promontoire est un grand autel consacré à la douleur et à Neptune. Sur cet autel, que l'on dit construit avec beaucoup d'art, sont des images de lions, de dauphins. Sur le promontoire Soloente, coule un fleuve qu'on appelle Xion, et dont les bords sont habités par une tribu d'Ethiopiens, appelés sacrés. Près de là est l'isle Cerné.
La navigation, depuis les colonnes d'Hercule jusqu'au promontoire Hermès, est de deux jours depuis ce dernier lieu jusqu'au promontoire de Soloente, de trois jours ; et de Soloente jusqu'à Cerné, de sept jours. Tout ce trajet depuis les colonnes d'Hercule jusqu'à l'isle de Cerné, est de douze jours. Les mers qui sont au-delà de cette isle, ne sont plus navigables, à cause de bas-fonds, des bancs de sables, et de l'algue marine qui couvre sa surface. Cette plante a une palme de largeur, et elle finit en une pointe tellement acérée, qu'elle tranche tout ce qui s'offre sur la surface de l'eau.
Tous les comptoirs qui sont dans ces parages, appartiennent aux Phéniciens. Lorsqu'ils arrivent dans l'isle de Cerné, ils amarrent leurs bâtiments, tendent leurs tentes et, à l'aide de petits vaisseaux plats, ils transportent leurs marchandises sur le continent. Ceux avec lesquels ils trafiquent, sont les Ethiopiens. Ils leur vendent des peaux de cerfs et de lions, et des pierres précieuses, des peaux et des dents d'éléphants, et des troupeaux de bêtes domestiques. Les plus riches ameublements de ces Ethiopiens consistent dans des vases ciselés et dans des bouteilles d'ivoire: Les femmes ont pour ornement des bracelets d'ivoire. Ils emploient aussi cette parure pour décorer leurs cheveux Ces peuples sont, de tous ceux que nous connaissions, les plus grands ; car ils ont plus de quatre coudées de haut : quelques uns même ont jusqu'à cinq coudées. Ils portent la barbe et les cheveux longs ; ce sont les plus beaux hommes de la terre. Celui qui, parmi eux, a la plus belle taille devient leur chef. Ils sont excellents cavaliers, et archers très adroits. Ils décochent leurs flèches, durcies au feu, avec une dextérité merveilleuse Les négociants Phéniciens portent aussi à ces peuples de l'onguent d'Egypte, des béliers châtrés, des tuiles attiques et des vases. C'est pendant les fêtes de la nation que se fait ce commerce de la vaisselle. Les Ethiopiens sont carnivores et emploient le lait pour leur boisson ; cependant ils ont l'usage du vin qu'ils tirent en abondance des vignes qu'ils cultivent. Ils ont une grande ville où les Phéniciens vont porter leurs marchandises. Quelques-uns prétendent que les Ethiopiens habitent un vaste territoire qui confine par l'intérieur des terres à l'Egypte, et de l'autre à la mer. Ils assurent que la Libye n'est autre chose qu'une presqu'isle.
Notes de J.-C. Poncelin de La Roche-Tilhac (1797) :
(44) - Ici est encore une grande lacune dans le texte.