Périple effectué par un navigateur grec, improprement attribué à Scylax de Caryanda. Le marin ayant réalisé ce périple a effectué une circumnavigation de la mer Méditerranée et de la mer Noire. Partant des côtes de la péninsule ibérique en direction du nord, il termine son voyage au-delà des colonnes d'Hercule, sur la côte ouest-africaine.
Les problèmes posés par le texte
Scylax de Caryande (Σκυλακος Καρυανδεως) est un marin grec, originaire de Carie que Darius Ier (vers 550 av. J.-C. - 486 av. J.-C.) chargea de descendre l'Indus et d'explorer les côtes asiatiques. Hérodote est le seul à le mentionner (Histoire, IV, 4). Le périple mentionné par Hérodote ne correspond en rien au texte aujourd'hui conservé, ni en terme d'itinéraire, ni même en terme de datation. Il ne peut donc s'agir d'un ouvrage rédigé par Scylax de Caryande.
Hérodote, Histoire, IV, 44 : "La plus grande partie de l'Asie fut découverte par Darius. Ce prince, voulant savoir en quel endroit de la mer se jetait l'Indus, qui, après le Nil, est le seul fleuve dans lequel on trouve des crocodiles, envoya, sur des vaisseaux, des hommes sûrs et véridiques, et entre autres Scylax de Caryande. Ils s'embarquèrent à Caspatyre, dans la Pactyice, descendirent le fleuve à l'est jusqu'à la mer : de là, naviguant vers l'occident, ils arrivèrent enfin, le trentième mois après leur départ, au même port où les Phéniciens, dont j'ai parlé ci-dessus, s'étaient autrefois embarqués par l'ordre du roi d'Égypte pour faire le tour de la Libye. Ce périple achevé, Darius subjugua les Indiens, et se servit de cette mer. C'est ainsi qu'on a reconnu que l'Asie, si l'on en excepte la partie orientale, ressemble en tout à la Libye."
Dans le cadre de ce périple, l'auteur anonyme mentionne nombre d'indices permettant de proposer une datation relativement fine à ce texte. Toute d'abord, il évoque assez clairement les périples d'Hannon et d'Himilcon lorsqu'il évoque les possession carthaginoises situées au-delà des colonnes d'Hercule. L'absence de mention de villes aussi importantes qu'Alexandrie (fondée en 331 av. J.-C.), ou encore l'évocation du "gouvernement tyrien" (renversé en 332 av. J.-C.) indiquent que cette description est antérieure au règne d'Alexandre le Grand (336-323 av. J.-C.). Ce texte est très certainement également antérieure au règne de son père (Philippe II - 359-336 av. J.-C.), comme l'atteste la non-mention des cités grecques comme étant soumises à la Macédoine (338 av. J.-C.). Il est par exemple dit que "Les nouveaux colons (Corinthiens) tuèrent ceux (Epileucadiens) qui les avaient appelés et s'emparèrent de leur territoire, qu'ils habitent actuellement". Cette dernière phrase indique que Corinthe était encore belle et bien indépendante. L'auteur de ce périple évoque néanmoins Pella, "où la cour du roi de Macédoine fait sa résidence" qui supplanta au tout début du IVe s. av. J.-C. l'ancienne capitale, Aigéai (non-mentionnée). De plus, décrivant le voisinage de la Vénétie, il mentionne les Celtes "que leurs compatriotes laissèrent ici en marchant contre les Grecs", évènement daté de 379-368 av. J.-C. (cf. fiche "installation des Gaulois dans la basse-plaine du Pô [-379:-368] (L' )"). Ce périple peut être raisonnablement daté du milieux du IVe s. av. J.-C. (entre 379/368 et 338 av. J.-C.).
Le texte a été traduit en français par J.-C. Poncelin de La Roche-Tilhac (1797).
(COMPRENANT l'état des nations qui habitent ces trois parties du monde, la description des pays qu'elles occupent, celle des ports et des fleuves, leur distance par mer, et celle des îles avec leur distance du continent.)