Timagène d'Alexandrie (cité par Ammien Marcellin, Histoire de Rome, XV, 9, 8), Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, V, 31) et Strabon, (Géographie, IV, 4, 4) distinguaient trois catégories sacerdotales chez les Gaulois ; les vates, les druides et les bardes. Ces trois fonctions étaient systématiquement occupées par des hommes. Pourtant, à la fin du IVe s. ou au début du Ve s. ap. J.-C., l'auteur anonyme de l'Histoire Auguste (publiée sous six pseudonymes différents) a évoqué dans trois de ses biographies, des "druidesses". Elles sont désignées sous les noms de Druiadas et Druiadibus dans la Vie d'Aurélien (Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vie d'Aurélien, XLIV), Druiade, Druias et Druiadis dans les Vies de Carus, de Numérien et de Carin (Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vies de Carus, de Numérien et de Carin, XIV-XV) et Druias dans la Vie d'Alexandre Sévère (Aelius Lampridius, Histoire Auguste : Vie d'Alexandre Sévère, LX). Le scholiaste de la Pharsale de Lucain les désigne sous les nom de driades (I, 450) et driadae (I, 451). La fréquente traduction française de ce terme par " druidesse ", n'est pas sans poser problème. En effet, il est difficile de ne pas y reconnaître le mot grec Δρυάς (Δρυάδες au pluriel), cognate avec la latin druias (druiades au pluriel) qui désigne une "dryade", c'est à dire une "nymphe / esprit des forêts".
Des attestations tardives.
Aelius Lampridius situe la rencontre entre une druidesse / dryade et l'empereur Alexandre Sévère peu avant la mort de ce dernier (Histoire Auguste : Vie d'Alexandre Sévère, LX). L'événement en question doit certainement être daté de l'année 234-235 ap. J.-C., lorsque l'empereur menait campagne contre les Germains depuis Mogontiacum (Mayence). La rencontre entre l'empereur Aurélien et une druidesse / dryade est contée par un certain Flavius Vopiscus de Syracuse (Histoire Auguste : Vie d'Aurélien, XLIV), qui prétendait tenir cette anecdote de l'homme politique romain Iulius Asclepiodotus, qui lui-même l'avait recueilli auprès de Clodius Celsinus, à qui Dioclétien, témoin de la scène, s'était confié. L'événement en question ne peut être daté que de l'année 274 ap. J.-C. En effet, Aurélien n'a effectué qu'un unique séjour en Gaule, au cours duquel il a mené une campagne contre Tétricus, puis a réintégré la Gaule à l'Empire romain. Le même auteur fictif livre un dernier témoignage, celui d'une rencontre entre Dioclétien et une druidesse / dryade, dans la cité des Tongres (Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vies de Carus, de Numérien et de Carin, XIV-XV). Flavius Vopiscus de Syracuse indique qu'il tenait cette anecdote d'un de ses aïeux, à qui Dioclétien lui-même l'avait racontée. Aucune autre source n'évoque ce séjour de Dioclétien en Gaule, de nombreux historiens doutent même du fait qu'il eut bien lieu (L'Histoire Auguste n'est pas réputée pour son exactitude). En imaginant qu'il fut bien réel, il doit correspondre au séjour que le même auteur prête à Dioclétien, du temps de l'intervention d'Aurélien en Gaule (274 ap. J.-C.). Les trois biographies dans lesquelles apparaissent ces mentions sont datées de la fin du IVe s. ou du début du Ve s. ap. J.-C. et se rapportent systématiquement à des événements ayant eu lieu au cours du IIIe s. ap. J.-C. Le scholiaste de la Pharsale écrivait quant à lui entre le IVe et le IXe s. ap. J.-C. et apportait un complément à un passage de l'oeuvre de Lucain évoquant le départ de César pour l'Italie, en janvier 49 av. J.-C.
Les fonctions des druidesses / dryades gauloises.
Les seuls événements rapportés dans l'Histoire Auguste au cours desquels intervinrent ces druidesses / dryades, se déroulèrent en Gaule. Ainsi, même si leur dénomination n'est pas nécessairement gauloise, il semble bien qu'elle se rapporte à un type de prophétesse / devineresse spécifique à cette région. Ces différents récits faisant intervenir ces personnages mystérieux sont hélas pauvres en éléments exploitables pour saisir l'étendue des fonctions qui étaient les leurs. La druidesse / dryade y apparaît systématiquement comme une prophétesse consultée par ceux qui voulaient connaître leur destin (Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vie d'Aurélien, XLIV) ou apostrophant ceux à qui elle désirait faire une révélation (Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vies de Carus, de Numérien et de Carin, XIV ; Aelius Lampridius, Histoire Auguste : Vie d'Alexandre Sévère, LX). Le scholiaste de la Pharsale de Lucain (I, 450-451) n'a pas mentionné leur talent pour la divination, mais a évoqué des sacrifices (divination anatomique ?) et un culte rendu aux dieux dans les forêts et temples. Sur le plan des fonctions, aucune de ces druidesses / dryades ne paraît correspondre à un équivalent féminin des druides, cependant leur don de divination, possiblement appuyé par des sacrifices, n'est pas sans nous rappeler celui qui était prêté aux vates, ou à d'autres femmes mentionnées dans des récits plus anciens.
Aelius Lampridius, Histoire Auguste : Vie d'Alexandre Sévère, LX :"Pendant qu'il [Sévère Alexandre] était en marche, une druidesse lui cria en langage gaulois ; " Va, n'attends pas la victoire, méfie-toi de tes soldats. " "
Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vie d'Aurélien, XLIV :"On s'étonnera peut-être que Dioclétien ait su et qu'il ait dit, suivant Asclépiodote, à son conseiller Celsinus, ce que je vais rapporter ; mais la postérité en jugera. Il assurait donc qu'Aurélien avait un jour consulté les druidesses gauloises, pour savoir si l'empire passerait à ses descendants ; et elles lui auraient répondu : " Aucun nom dans l'empire ne sera plus célèbre que celui des descendants de Claude. " Et, en effet, nous voyons aujourd'hui sur le trône un prince de cette famille, Constance, dont les descendants sont réservés, ce me semble, à l'illustration jadis prédite par les druidesses. J'ai parlé de cette circonstance à propos d'Aurélien, parce que c'est à lui-même que la réponse avait été faite."
Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vies de Carus, de Numérien et de Carin, XIV :"Dioclétien, m'a-t-il raconté, qui n'avait encore qu'un grade subalterne, se trouvait chez les Tongres, en Gaule, et séjournait dans une auberge. Il faisait un jour le compte de ses dépenses quotidiennes avec son hôtesse, une druidesse, qui lui dit : " Dioclétien, tu es trop ladre, trop parcimonieux. " Sans parler sérieusement, Dioclétien lui répondit, sous forme de plaisanterie : " je serai prodigue quand je serai empereur. " A ces mots, la druidesse répliqua : " ne plaisante pas, Dioclétien, car tu seras empereur quand tu auras tué un sanglier. ""
Flavius Vopiscus de Syracuse, Histoire Auguste : Vies de Carus, de Numérien et de Carin, XV :"Depuis lors Dioclétien nourrissait dans son esprit le désir de régner, ce que n'ignorait point Maximien, non plus que mon aïeul, à qui il avait rapporté le mot de la druidesse ; mais il finit par dissimuler, rire et se taire. Cependant, quand il allait à la chasse, jamais il ne laissait échapper l'occasion de tuer des sangliers. Enfin, après avoir vu Aurélien, Probus, Tacite et Carus lui-même successivement appelés à l'empire, Dioclétien dit : " Je tue toujours les sangliers, mais toujours un autre les mange. " Tout le monde connaît, et il n'est pas permis d'ignorer les paroles que prononça Dioclétien en immolant le préfet Aper : " Je l'ai enfin tué, ce sanglier que m'avait désigné l'oracle ! " Mon aïeul m'a encore rapporté que Dioclétien lui avait dit qu'en tuant Aper de sa main, il n'avait eu d'autre but que d'accomplir la prédiction de la druidesse, et que d'affermir son empire : car il n'aurait pas voulu paraître si cruel, surtout dans les premiers jours de son règne, si la nécessité ne l'eût poussé à commettre ce meurtre. Après avoir parlé de Carus, puis de Numérien, nous allons terminer par l'histoire de Carin."