Après avoir diligenté une première opération visant à fragiliser la coalition des Belges, César apprit de ses éclaireurs et des Rèmes que l'armée des Belges marchait vers lui et n'était plus qu'à une faible distance. Alors qu'il se trouvait chez les Rèmes, non-loin de la frontière avec les Suessions, il fit édifier dans l'urgence un camp puissamment fortifié sur la rive droite de la rivière Axona (l'Aisne). L'endroit fut choisi avec soin, puisque en plus de protéger ses arrières, la rivière permettait aisément d'approvisionner son armée grâce à un pont. Ce pont fut protégé par des gardes, tandis que les six cohortes commandées par Quintus Titurius Sabinus furent laissées sur la rive gauche (Guerre des Gaules, II, 5).
Contre toute attente, les Belges n'attaquèrent pas directement le camp romain, mais se portèrent sur la ville de Bibrax (oppidum du Vieux-Laon, Saint-Thomas, Aisne), située à 8000 pas de là (1). Voulant sans doute faire payer les Rèmes pour leur trahison, ils encerclèrent la ville et commencèrent à l'assiéger. Les défenseurs de Bibrax, dirigés par Iccios, furent rapidement dépassés. Les assaillants criblaient l'enceinte de projectiles, tandis que d'autres, formés en tortues, approchaient des portes de la ville et sapaient la muraille. Iccios informa César de la situation désespérée de Bibrax et implora son prompt secours (Guerre des Gaules, II, 6).
La réponse de César fut rapide, puisqu'au milieu de la nuit, il dépêcha des troupes auxiliaires constituées de Numides, d'archers crétois et de frondeurs baléares pour soutenir les assiégés. L'arrivée de ces renforts redonna de l'espoir et de la vigueur aux Rèmes assiégés, tandis que les Belges renoncèrent à poursuivre leurs assauts. Ils préférèrent concentrer leurs efforts sur l'attaque du camp de César (Guerre des Gaules, II, 7).
Notes
(1) Soit 11,8 kilomètres.
Sources littéraires anciennes
César, Guerre des Gaules, II, 5 :"Dès qu'il apprit par ses éclaireurs et par les Rèmes, que les Belges marchaient sur lui avec toutes leurs forces réunies et n'étaient déjà plus qu'à peu de distance, il se hâta de faire passer à son armée la rivière Axona, qui est à l'extrême frontière des Rèmes, et assit son camp sur la rive. De cette manière, la rivière défendait un des côtés du camp ; ce qui était à la suite de l'armée se trouvait à l'abri des atteintes de l'ennemi ; et le transport des vivres qu'envoyaient les Rèmes et les autres peuples pouvait s'effectuer sans péril. Sur cette rivière était un pont. Il y plaça une garde, et laissa sur l'autre rive Q. Titurius Sabinus, son lieutenant, avec six cohortes : il fit fortifier le camp d'un retranchement de douze pieds de haut et d'un fossé de dix-huit pieds de profondeur."
César, Guerre des Gaules, II, 6 :"À huit mille pas de ce camp était une ville des Rèmes, appelée Bibrax. Les Belges dans leur marche l'attaquèrent vivement. Elle se défendit tout le jour avec peine. Leur manière de faire les sièges est semblable à celle des Gaulois. Lorsqu'ils ont entièrement entouré la place avec leurs troupes, ils lancent de tous côtés des pierres sur le rempart ; quand ils en ont écarté ceux qui le défendent, ils forment la tortue, s'approchent des portes et sapent la muraille. Cela était alors aisé ; car cette grêle de pierres et de traits rendait toute résistance impossible du haut des remparts. Lorsque la nuit eut mis fin à l'attaque, le Rème Iccios, homme d'une haute naissance et d'un grand crédit, qui commandait alors dans la place, et un de ceux qui avaient été députés vers César pour traiter de la paix, lui dépêcha des courriers pour l'informer que s'il n'était promptement secouru, il ne pouvait tenir plus longtemps."
César, Guerre des Gaules, II, 7 :"Vers le milieu de la nuit, César fit partir, sous la conduite des mêmes hommes que lui avait envoyés Iccios, des Numides, des archers crétois et des frondeurs baléares. Leur arrivée ranima l'espoir des assiégés, leur inspira l'ardeur de se défendre, et enleva en même temps aux ennemis l'espérance de prendre la place. Ils restèrent quelque temps à l'entour, dévastèrent la campagne, brûlèrent les bourgs et les maisons qui se trouvaient sur leur route, se dirigèrent avec toutes leurs troupes vers le camp de César, et placèrent le leur à moins de deux mille pas. On pouvait conjecturer, d'après les feux et la fumée, qu'il avait une étendue de plus de huit mille pas."
Sources
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique