Peuple de Gaule celtique, leur territoire correspondait à celui de l'ancien diocèse d'Angers (avant 1790), soit l'Anjou ; deux toponymes qui tirent justement leur nom de celui de ce peuple. À l'époque gallo-romaine, leur métropole était Iuliomagus (Angers), ville probablement édifiée sur l'emplacement d'un oppidum indigène.
Attestations et étymologie
Les Andécaves furent mentionnés au Ier s. av. J.-C. par César sous les formes Andes (Guerre des Gaules, II, 35), in Andibus (III, 7), Andos (VII, 4) et duce Andium (VIII, 26). Curieusement, les sources postérieures ont dénommé ce peuple sous un autre nom, bien que très proche. Ainsi, Pline les a nommé sous la forme Andecaui (var. Andicaui, Andegaui, Andigaui) (Histoire naturelle, IV, 107), Tacite sous les formes Andecaui et Andecauos (Annales, III, 41), Ptolémée sous la forme Ἀνδίκαυοι (var. Ὀνδικαοῦαι, Ὠνδικαοῦαι) (Géographie, II, 8, 8), apud Andicauos (var. Andegauus, Andecauos, Andigabos, Andigabus, Andicabos) pour Orose (Histoires contre les païens, VI, 8) et enfin ciuitas Andecauorum (var. Andicauorum, Andegauorum) dans la Notice des Gaules. Ces différentes attestations font qu'ils sont communément nommés Andes, Andécaves ou Andégaves dans la littérature. J. Lacroix (2003) propose de reconnaître dans cet ethnonyme un composé en *ande-cau(ar)os, avec le préfixe intensif ande-, associé au terme -cauaros "héros / champion / géant". Suivant cette hypothèse, cet ethnonyme signifierait donc les "grands héros", ou les "grands géants".
Histoire
● Guerre des Gaules
Les Andes furent mentionnés pour la première fois au cours de l'hiver 57-56 av. J.-C., lorsque César fit hiverner ses légions sur leur territoire, ainsi que sur celui des Turons et des Carnutes (Guerre des Gaules, II, 35). Ce fut la légion VII qui hiverna chez les Andes et c'est depuis leur territoire que Publius Licinius Crassus Dives délégua des représentants auprès des Ésuviens, Coriosolites et Vénètes pour qu'ils lui fournissent les provisions nécessaires à cet hivernage (Guerre des Gaules, III, 7).
En 52 av. J.-C., immédiatement après que Vercingétorix eut pris la tête des Arvernes, il envoya des délégués auprès de nombreuses cités gauloises pour les inviter à prendre les armes contre les Romains. Les Andes furent parmi les premiers peuples à répondre à son appel et à se joindre à lui (César, Guerre des Gaules, VII, 4). Étonnamment, ce même peuple ne fut pas mentionné dans le dénombrement de ceux qui fournirent des contingents aux armées de secours chargées de contraindre César à lever le siège d'Alesia (Guerre des Gaules, VII, 75). S'agît-il d'un oubli de César ? Les Andes n'étaient-ils plus en capacité de fournir des troupes supplémentaires ? Rien ne permet de trancher.
En 51 av. J.-C., sous la conduite de Dumnacos, les Andes s'attaquèrent aux Pictons et parvinrent à en détourner bon nombre de l'alliance avec Rome, avant d'assiéger Durnacos à Lemonum (Poitiers). L'arrivée des troupes du légat Gaius Caninius Rebilus le poussa à se détourner de Lemonum pour venir attaquer le camp romain. Ayant échoué à prendre le camp, Dumnacos reprit le siège de la métropole des Pictons (Guerre des Gaules, VIII, 26). Gaius Caninius Rebilus se porta finalement au secours des assiégés et Gaius Fabius fit également mouvement vers cette région, contraignant Dumnacos à changer de stratégie et à se replier sur la rive droite de la Loire. Les Andécaves et les Pictons hostiles à Durnacos furent finalement surpris en pleine retraite et défaits par Gaius Fabius (Guerre des Gaules, VIII, 27). Les combats se prolongèrent cependant jusqu'à ce que les troupes romaines aient terminé de converger. Le bilan fut lourd, puisque les Gaulois perdirent près de 12000 hommes (Guerre des Gaules, VIII, 28-30), tandis que Dumnacos dut prendre la fuite (Guerre des Gaules, VIII, 31).
● Intégration de la cité des Andécaves à l'Empire romain
La remise en cause d'un certain nombre de privilèges fiscaux et d'avantages dont bénéficiaient les cités gauloises, leur endettement et celui de leur noblesse, les poussèrent à prendre part à la révolte de Julius Sacrovir et de Julius Florus (21 ap. J.-C.). Dans un contexte fort imprécis, Turons et Andécaves ont précipité leur soulèvement. Ils furent finalement vaincus par le légat Acilius Aviola, venu à la tête de détachements de légions de Germanie inférieure, la cohorte XIII Urbana et des troupes auxiliaires gauloises (Tacite, Annales, III, 41).
● La cité des Andécaves au Bas-Empire
Dans le cadre de la réforme provinciale de Dioclétien (dernière décennie du IIIe s. ap. J.-C.), la province de Gaule lyonnaise fut divisée en deux nouvelles provinces. À cette occasion, la cité des Andécaves intégra la province de Lyonnaise seconde. Lorsque cette province fut à sont tour divisée, lors de la réforme provinciale de Constantin (314 ap. J.-C.), la cité des Andécaves intégra finalement la province de Lyonnaise troisième.
Sources littéraires anciennes
César, Guerre des Gaules, II, 35 :"Ces succès, l'entière pacification de la Gaule, toute cette guerre enfin, firent sur les barbares une telle impression, que plusieurs des peuples situés de l'autre côté du Rhin envoyèrent des députés à César, pour lui offrir des otages et leur soumission. César, pressé de se rendre en Italie et en Illyrie, leur dit de revenir au commencement de l'été suivant. Il mit ses légions en quartier d'hiver chez les Carnutes, les Andes et les Turons, pays voisins de ceux où il avait fait la guerre, et partit pour l'Italie."
César, Guerre des Gaules, III, 7 :"Après ces événements, César avait tout lieu de croire la Gaule pacifiée ; les Belges avaient été défaits, les Germains repoussés, les Sédunes vaincus dans les Alpes. Il partit donc au commencement de l'hiver pour l'Illyrie, dont il voulait visiter les nations et connaître le territoire, lorsque tout à coup la guerre se ralluma dans la Gaule. Voici quelle en fut la cause. Le jeune P. Crassus hivernait avec la septième légion, près de l'Océan, chez les Andes. Comme il manquait de blé dans ce pays, il envoya des préfets et plusieurs tribuns militaires chez les peuples voisins, pour demander des subsistances ; T. Terrasidius, entre autres, fut délégué chez les Esuvii ; M. Trébius Gallus chez les Coriosolites ; Q. Vélanius avec T. Sillius chez les Vénètes."
César, Guerre des Gaules, VII, 4 :"On lui donne le titre de roi, et il envoie des députés réclamer partout l'exécution des promesses que l'on a faites. Bientôt il entraîne les Sénons, les Parisii, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes, et tous les autres peuples qui bordent l'océan : tous s'accordent à lui déférer le commandement. Revêtu de ce pouvoir, il exige des otages de toutes les cités, donne ordre qu'on lui amène promptement un certain nombre de soldats, et règle ce que chaque cité doit fabriquer d'armes, et l'époque où elle les livrera."
César, Guerre des Gaules, VIII, 26 :"Cependant le lieutenant C. Caninius, informé par Duratios qui était toujours resté attaché aux Romains, malgré la défection d'une partie de sa nation, qu'un grand nombre d'ennemis s'étaient rassemblés sur les frontières des Pictons, se dirigea vers la place de Lémonum. Comme il en approchait, des prisonniers l'instruisirent que Duratios s'y trouvait assiégé par plusieurs milliers d'hommes sous la conduite de Dumnacos, chef des Andes. N'osant combattre avec si peu de légions, il campa dans une forte position. Dumnacos, à la nouvelle de l'approche de Caninius, tourna toutes ses forces contre les légions ; et vint attaquer le camp des Romains. Mais ayant perdu plusieurs jours et beaucoup de monde à cette attaque, sans avoir pu faire la moindre brèche à nos retranchements, il revint assiéger Lémonum."
Pline, Histoire naturelle, IV, 107 :"La Gaule Lyonnaise renferme les Lexoviens, les Vellocasses, les Gallètes, les Vénètes, les Abrincatuens, les Osismiens ; la Loire, fleuve célèbre ; une péninsule remarquable qui s'avance dans l'Océan, à partir des Osismiens, dont le tour est de 625.000 pas, et dont le col a 125.000 pas de large ; au delà de cette péninsule, les Nannètes ; dans l'intérieur, les Héduens, aillés, les Carnutes, alliés, les Boïens, les Sénons, les Aulerques, surnommés Éburoviques, et ceux qui sont surnommés Cénomans ; les Meldes, libres ; les Parisiens, les Trécasses, les Andegaves, les Viducasses, les Bodiocasses, les Unelles, les Cariosvélites, les Diablindes, les Rhédons, les Turons, les Atésuens, les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie."
Tacite, Annales, III, 41 :"Il y eut peu de cantons où ne fussent semés les germes de cette révolte. Les Andécaves et les Turoniens éclatèrent les premiers. Le lieutenant Acilius Aviola fit marcher une cohorte qui tenait garnison à Lyon, et réduisit les Andécaves. Les Turoniens furent défaits par un corps de légionnaires que le même Aviola reçut de Visellius, gouverneur de la basse Germanie, et auquel se joignirent des nobles Gaulois, qui cachaient ainsi leur défection pour se déclarer dans un moment plus favorable. On vit même Sacrovir se battre pour les Romains, la tête découverte, afin, disait-il, de montrer son courage ; mais les prisonniers assuraient qu'il avait voulu se mettre à l'abri des traits en se faisant reconnaître. Tibère, consulté, méprisa cet avis, et son irrésolution nourrit l'incendie."