Provinces belges du Limbourg, de Liège, de Namur et provinces néerlandaises du Limbourg et du Brabant-Septentrional
Germains cisrhénans
Localisation
Ensemble de populations de Gaule belgique, elles étaient établies au niveau des provinces belges du Limbourg, de Liège, de Namur et partiellement celle du Luxembourg belge, mais aussi les provinces néerlandaises du Limbourg et du Brabant-Septentrional.
Attestations et étymologie
Ce peuple ne fut mentionné que par César, le plus souvent par le nom Germani, hormis dans trois passages au niveau desquels il a voulu les distinguer nettement des Germains de la rive droite du Rhin. Ainsi, ils y furent désignés par les expressions : Germanosque qui cis Rhenum incolant "Germains habitant en deçà du Rhin" (Guerre des Gaules, II, 3) ; Cisrhenanis omnibus Germanis "tous les Germains cisrhénans" (Guerre des Gaules, VI, 2) et Germanorum, qui essent citra Rhenum "Germains qui sont en deçà du Rhin" (Guerre des Gaules, VI, 32). De toute évidence le terme Germani revêtait, chez les Gaulois ou chez ces peuples eux-mêmes, un sens qui nous échappe totalement et que l'onomastique ne contribue pas à éclairer. Dans la Guerre des Gaules de César, cinq peuples sont comptés dans les rangs des Germains cisrhénans : les Cérosiens (II, 4), les Condruses (II, 4 ; VI, 32), les Éburons (II, 4), les Pémanes (II, 4) et les Sègnes (VI, 32). Les ethnonymes Caeroesi "Cérosiens" et Eburones "Éburons" s'expliquent aisément par le gaulois, tout comme les noms des deux rois éburons, Ambiorix et Catuvolcos. Il en est peut-être de même pour l'ethnonyme Condrusi "Condruses". Dans le cas des Paemani "Pémanes", Bernard Sergent (1995) propose de les rapprocher du "bloc du nord-ouest" de Hans Kühn (1959), auxquels appartiendraient également les Ménapes et Sunuques. Dans tous les cas, le leg germanique - au sens linguistique, ou plus généralement culturel - s'avère plus que délicat à identifier. L'ethnonyme Germani ne semble pas s'expliquer de manière convaincante par les langues celtiques ou les langues germaniques, ce qui a invité Bernard Sergent (1995) à y voir une dénomination appartenant également à ce "bloc du nord-ouest".
Histoire
● Protohistoire
D'après César (Guerre des Gaules, II, 4) et Tacite (Germanie, II, 3), ces populations franchirent le Rhin en quête de terres fertiles, et se fixèrent en Belgique après y avoir repoussé les Gaulois. D'après Tacite (Germanie, II, 3), la dénomination de Germani se serait initialement appliquée à ces seules populations installées en Gaule, avant d'être étendue à l'ensemble des populations germaniques de la rive droite du Rhin. Selon César (Guerre des Gaules, II, 4), cette installation serait relativement ancienne puisqu'il la considérait comme antérieure à celle des Atuatuques, lesquels ne sont jamais appelés Germani, bien qu'ils furent les descendants des Cimbres et Teutons ayant été repoussés par les Belges vers 103 av. J.-C.. L'arrivée des Germains cisrhénans doit donc être antérieure à la fin du IIe s. av. J.-C.
Au terme de ce premier conflit, les Belges furent vaincus. Ambiorix, l'un des rois des Éburons, se mit au service de César et obtint de ce dernier qu'il délivra son peuple du tribut auquel les soumettaient les Atuatuques (Guerre des Gaules, V, 27). Dés lors, les Éburons paraissent avoir gagné en puissance et en autonomie. Ils conservèrent néanmoins des liens étroits avec les Trévires (plus particulièrement avec Indutiomaros). Ainsi, ils entrèrent en guerre contre les Romains au cours de l'automne-hiver 54 av. J.-C., offrant à Indutiomaros le temps de lever des troupes et de fomenter un soulèvement plus massif encore contre les Romains. Après la défaite d'Indutiomaros (printemps 53 av. J.-C.), les Éburons prirent la tête de la révolte contre les Romains, expliquant qu'ils furent particulièrement ciblés par César (printemps-automne 53 av. J.-C.), lequel entreprit de les exterminer (été-automne 53 av. J.-C.). Dans le cadre de ce conflit, les Germains cisrhénans ne furent aucunement solidaires, comme le démontre le fait que dés le printemps ou de l'été 53 av. J.-C., les Sègnes et les Condruses ont refusé de prendre part aux guerres menées des Trévires et des Éburons, et ont envoyé des députés à César pour se désolidariser des autres peuples de la région (Guerre des Gaules, VI, 32).
● L'époque gallo-romaine
Après la conquête romaine, le territoire des Germains cisrhénans fut remanié. Ce remaniement semble être la conséquence du soulèvement que Marcus Vipsanius Agrippa réprima en 39-38 av. J.-C.. On peut en effet le supposer puisque à la suite de ce conflit, il installa les Ubiens dans la portion orientale du territoire des Germains cisrhénans (Wells, 1972 ; Beneker, 1989). Cette opinion ne fait néanmoins pas l'unanimité. En effet, d'autres travaux privilégient l'idée d'un transfert contemporain du second séjour d'Agrippa en Gaule (20-18 av. J.-C.). À cette occasion, Marcus Vipsanius Agrippa dût à nouveau intervenir le long de ce fleuve, aussi bien contre des populations révoltées, que contre la menace germanique (Roddaz, 1984 ; Galsterer, 1992 ; 1999 ; Raepsaet-Charlier, 1999) (Cf. fiche consacrée à l'installation des Ubiens en Gaule). La déduction de ces riches territoires ne peut être vue que comme une mesure punitive. Par la suite, différentes populations germaniques d'outre-Rhin - principalement les Bataves, Toxandres et Cugernes - furent mentionnées sur d'autres territoires ayant appartenu aux Germains cisrhénans. Ceci laisse supposer que des déductions postérieures furent faites à leurs détriments. Les Germains cisrhénans quant à eux, ne furent plus jamais mentionnés à l'exception des Éburons, qui firent l'objet d'une ultime mention dans la Géographie de Strabon, dans la première moitié du Ier s. ap. J.-C. (Géographie, IV, 3, 5). Dans la seconde moitié de ce même siècle, ce qui restait du territoire des Germains cisrhénans et des Atuatuques fut amalgamé pour constituer la cité gallo-romaine des Tongres.
Sources littéraires anciennes
César, Guerre des Gaules, II, 3 :"Son arrivée fut imprévue et personne ne s'attendait à tant de célérité ; les Rèmes, voisins immédiats des Belges, lui députèrent Iccios et Andocumborios, les premiers de leur cité, chargés de lui dire qu'ils se mettaient eux et tout ce qu'ils possédaient sous la foi et pouvoir du peuple romain, qu'ils n'avaient point voulu se liguer avec les autres Belges, ni prendre part à cette conjuration contre les Romains ; qu'ils étaient prêts à donner des otages, à faire ce qui leur serait ordonné, à le recevoir dans leurs places, à lui fournir des vivres et tous autres secours ; que tout le reste de la Belgique était en armes ; que les Germains, habitant en deçà du Rhin, s'étaient joints aux Belges et que telle était la fureur de cette multitude, qu'eux-mêmes, frères et alliés des Suessions, obéissant aux mêmes lois, ayant le même gouvernement et les mêmes magistrats, n'avaient pu les détourner d'entrer dans la confédération.."
César, Guerre des Gaules, II, 4 :"César leur demanda quels étaient les peuples en armes, leur nombre et leurs forces militaires. Il apprit que la plupart des Belges étaient originaires de Germanie ; qu'ayant anciennement passé le Rhin, ils s'étaient fixés en Belgique, à cause de la fertilité du sol, et en avaient chassé les Gaulois qui l'habitaient avant eux ; que seuls, du temps de nos pères, quand les Teutons et les Cimbres eurent ravagé toute la Gaule, ils les avaient empêchés d'entrer sur leurs terres. Ce souvenir leur inspirait une haute opinion d'eux-mêmes et leur donnait de hautes prétentions militaires. Quant à leur nombre, les Rèmes avaient à ce sujet les données les plus certaines, en ce que, unis avec eux par le voisinage et les alliances, ils connaissaient le contingent que, dans l'assemblée générale des Belges, chaque peuple avait promis pour cette guerre. Les Bellovaques tenaient le premier rang parmi eux par leur courage, leur influence et leur population : ils pouvaient mettre cent mille hommes sous les armes : ils en avaient promis soixante mille d'élite et demandaient la direction de toute la guerre. Les Suessions, leurs voisins, possédaient un territoire très étendu et très fertile ; ils avaient eu pour roi, de notre temps encore, Diviciacos, le plus puissant chef de la Gaule, qui à une grande partie de ces régions joignait aussi l'empire de la Bretagne. Galba était maintenant leur roi, et le commandement lui avait été déféré d'un commun accord, à cause de son équité et de sa sagesse. Ils possédaient douze villes, et avaient promis cinquante mille hommes. Autant en donnaient les Nerviens, réputés les plus barbares d'entre ces peuples, et placés à l'extrémité de la Belgique ; les Atrébates en fournissaient quinze mille ; les Ambiens, dix mille ; les Morins, vingt-cinq mille ; les Ménapes, neuf mille ; les Calétes, dix mille ; les Véliocasses et les Viromandues le même nombre ; les Atuatuques, dix-neuf mille ; les Condruses, les Éburons, les Caeroesi et les Pémanes, compris sous la dénomination commune de Germains, devaient en envoyer quarante mille."
César, Guerre des Gaules, IV, 6 :"Séduits par cet espoir, les Germains commençaient déjà à s'étendre et étaient parvenus au territoire des Éburons et des Condruses, qui sont dans la clientèle des Trévires."
César, Guerre des Gaules, VI, 32 :"Les Sègnes et les Condruses, peuples d'origine germaine, qui habitent entre les Éburons et les Trévires, envoyèrent des députés à César, pour le prier de ne point les mettre au nombre de ses ennemis, et de ne pas croire que tous les Germains en deçà du Rhin fissent cause commune ; ils n'avaient nullement songé à la guerre, n'avaient donné aucun secours à Ambiorix. César, s'étant informé du fait en questionnant les captifs, ordonna à ces peuples de lui ramener ceux des Eburons qui, après leur déroute, se seraient rassemblés chez eux, et leur promit, s'ils le faisaient, de ne commettre aucun dégât sur leur territoire. Ayant alors distribué ses troupes en trois parties, il envoya les bagages de toutes les légions à Atuatuca. C'est le nom d'un fort. Il est situé presqu'au milieu du pays des Éburons, dans le lieu même où Titurius et Aurunculéius avaient déjà établi leurs quartiers d'hiver. César choisit cette position par divers motifs, et surtout parce que les retranchements de l'année précédente étaient entièrement conservés, ce qui devait épargner beaucoup de travail aux soldats. II laissa pour la garde des bagages la quatorzième légion, l'une des trois qu'il avait récemment levées en Italie, et amenées en Gaule. Il confia à Q. Tullius Cicéron le commandement de cette légion et du camp, et lui donna deux cents cavaliers."
Tacite, Germanie, II, 3 :"Par contre, l'usage du terme de Germanie serait récent. En effet, les premiers à avoir traversé le Rhin pour en chasser les Gaulois sont dénommés Tongres de nos jours, mais jadis ils se seraient appelés Germains. Ce vocable qui ne désignait que cette tribu et non la race, se serait peu à peu généralisé. Dans un premier temps, c'est par ces vainqueurs désireux de se faire craindre que tous les Germains auraient été désignés sous ce nom. Par la suite, ils auraient eux-mêmes adopté cette dénomination qui leur était dévolue."
Sources
• A. Beneker, (1989) - Die Feldzuge des Tiberius und die Darstellung der unterworfenen Gebiete in der "Géographie des Ptolemaeus", Kommission bei R. Habelt, Bonn, 529p.
• H. Galsterer, (1992) - "Des Éburons aux Agrippiniens. Aspects de la romanisation en Rhénanie", Cahiers du Centre Gustave Glotz, n°3 pp.107-121
• H. Galsterer, (1999) - "Kolonisation im Rheinland", in : M. Dondin-Payre & M.-T. Raepsaet-Charlier (dir.), Cités, municipes, colonies. Les processus de municipalisation en Gaule et en Germanie sous le Haut Empire romain, Éditions de la Sorbonne, pp.251-269
• H. Kuhn (1959) - "Vor- und frühgermanisch Ortsnamen in Nord-Deutschland und die Niederlanden", Westfälische Forschungen, vol.12, pp.5-44
• M.-T. Raepsaet-Charlier, (1999) - "Les institutions municipales dans les Germanies sous le Haut Empire : bilan et questions", in : M. Dondin-Payre & M.-T. Raepsaet-Charlier (dir.), Cités, municipes, colonies. Les processus de municipalisation en Gaule et en Germanie sous le Haut Empire romain, Éditions de la Sorbonne, pp.271-352
• J.-M. Roddaz (1984) - Marcus Agrippa, Ecole française de Rome, Rome, 774p.
• B. Sergent (1995) - Les Indo-Européens : Histoire, langues, mythes, Bibliothèques scientifiques Payot. Paris, 536p.
• C. M. Wells, (1972) - The German Policy of Augustus : An Examination of the Archaeological Evidence, Oxford University Press, Oxford, 362p.
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique