Peuple, ou confédération de peuples du centre de la péninsule ibérique. Les peuples celtes de la péninsule ibérique sont souvent qualifiés de " Celtibères ", ce qui est une erreur. Cette appellation ne désigne dans les textes anciens que les populations de la Meseta ibérique dont la capitale (commune ?) était Segobriga selon Pline (Histoire Naturelle, III, 4, 9).
Pline, Histoire Naturelle, III, 4, 9 : "Parmi les tributaires, les plus célèbres sont les Alabanenses, les Bastitans, les Consaburenses, les Dianenses, les Egelestans, les Ilorcitans, les Laminitans, les Mentésans, appelés Oritans; les Mentésans, appelés Bastules; les Orétans, surnommés Germains; Segobriga, capitale de la Celtibérie; Tolède, capitale de la Carpétanle, placée sur le Tage ; puis les Viatienses et les Virgilienses."
La confédération des Celtibères regroupait un nombre indéterminé de peuplades au rang desquelles : les Titti, les Belli, les Arévaques, les Vaccéens, les Lusones, les Bérones ou encore les Pélendones. Il semble néanmoins que les limites de cette confédération aient été fluctuantes ou sujettes à débat pour les auteurs anciens, puisqu'elles diffèrent.
Appien, Ibérique, I : "Quels ont été, à ce que l'on croit, les premiers habitants de l'Ibérie et ceux qui l'ont possédée après eux, je n'ai pas la moindre envie de m'en occuper, n'écrivant ici que l'histoire des Romains. Seulement je puis dire que les Celtes me paraissent avoir jadis franchi les Pyrénées et avoir habité avec les premiers occupants. De là est venu le nom de Celtibères."
Appien, Ibérique, IX : "Quelques années plus tard, une autre guerre importante éclata en Espagne pour la raison suivante : Segeda, une grande et puissante ville d'une tribu des Celtibères appelée Belli, fut incluse dans les traités conclus par Gracchus. Elle persuada certaines des villes plus petites de s'établir dans son propre territoire, et ensuite, s'entoura d'un mur de quarante stades de circonférence. Elle força également les Titti, une tribu voisine, de s'associer à l'entreprise."
Appien, Ibérique, IX : "Lucullus était avide de renommée et avait besoin d'argent parce qu'il était pauvre. Il envahit le territoire des Vaccaeens, une autre tribu Celtibère, voisine des Arévaques, contre qui la guerre n'avait pas été déclarée par le Sénat, et qui n'avait jamais attaqué les Romains ni offensé Lucullus lui-même."
Pline, Histoire Naturelle, III, 4, 2 : "Les premiers sont les Bastules, sur la côte; et derrière eux, allant vers l'intérieur, dans l'ordre que je vais suivre : les Mentésans, les Orétans, et sur le Tage les Carpétans ; à côté d'eux les Vaccéens, les Vectons, et les Celtibères Arévaques."
Pline, Histoire Naturelle, III, 4, 10 : "Du même ressort relèvent les Cariètes et les Vennenses, avec cinq cités, parmi lesquelles sont les Velienses; au même, Ies Pélendons, Celtibériens, avec quatre peuples, parmi lesquels les Numantins ont été célèbres."
C'est dans la Géographie de Strabon que nous trouvons la synthèse la plus précise des limites et des peuplades de Celtibérie. Strabon ne retient que quatre peuplades :
Strabon, Géographie, III, 4, 12 : "Au delà de l'Idubeda commence immédiatement la Celtibérie, contrée spacieuse et d'aspect varié, mais dont la plus grande partie est naturellement âpre, et sujette en outre aux débordements de grands fleuves. En effet, sans parler de l'Anas et du Tage qui la traversent, c'est là que commence toute cette suite de cours d'eau qui descendent vers l'Océan occidental : de ce nombre est le Durius, qui passe près de Nomantia et de Serguntia. Quant au Baetis, il prend sa source dans l'Orospeda, traverse l'Orétanie et se dirige vers la Bétique. Au N. des Celtibères, sur les confins du territoire des Cantabres-Conisques, habitent les Vérons qui, eux aussi, sont issus de la grande émigration celtique ; leur ville principale est Varia, située à l'un des passages de l'Ebre. Les Vérons confinent en même temps aux Bardyètes, ou, comme on dit souvent aussi aujourd'hui, aux Bardyles. A l'O. maintenant de la Celtibérie se trouvent quelques tribus d'Astures, de Callaïques, de Vaccuens, et aussi de Vettons et de Carpétans ; la même contrée est bornée au midi par les Orétans et les différentes tribus hastétanes et [sidétanes] qui habitent l'Orospeda ; elle l'est enfin du côté de l'E. par l'Idubeda."
Strabon, Géographie, III, 4, 13 : "Des quatre cantons ou districts de la Celtibérie, ce sont ceux de l'est et du midi qui renferment la nation la plus puissante, j'entends la nation des Arvaques, laquelle confine au territoire des Carpétans et aux sources du Tage. Leur ville la plus renommée est Nomantia ou Numance, qui, dans cette fameuse guerre de vingt ans entre les Celtibères et les Romains, déploya tant de courage ; on sait, en effet, qu'après avoir détruit plusieurs armées romaines avec leurs chefs les Numantins, enfermés dans leurs murailles, finirent par se laisser mourir de faim, à l'exception d'un petit nombre, qui aima mieux rendre la place. Les Lusons, qui habitent également la partie orientale de la Celtibérie, confinent, comme les Arvaques, aux sources du Tage. A ces derniers appartiennent encore les villes de Segeda et de Pallantia. Mais pour en revenir à Numance, elle est à 800 stades de distance de Caesaraugusta, qui se trouve, avons-nous dit, sur les bords mêmes de l'Ebre. Segobriga et Bilbilis, aux environs desquelles eut lieu la lutte entre Métellus et Sertorius, sont aussi des villes de la Celtibérie. De plus, dans l'énumération que fait Polybe des peuples vaccéens et celtibères et des principales localités qui leur appartiennent, nous trouvons comprises les villes de Segesama et d'Intercatia. Ce qu'on lit dans Posidonius, que Marcus Marcellus put lever en Celtibérie un tribut de 600 talents, donne à penser que les Celtibères formaient une nation nombreuse et riche, bien qu'habitant une contrée si peu fertile. Mais en même temps Posidonius relève ce qu'avait dit Polybe, que Tiberius Gracchus avait détruit 300 villes en Celtibérie, il le plaisante à ce sujet, et l'accuse d'avoir voulu complaire à Gracchus en donnant le nom de villes à de simples tours, comme il arrive dans les pompes triomphales. Or, il pourrait bien se faire qu'au fond il eût raison, car généraux et historiens se laissent aller volontiers à ce genre de mensonge qui consiste à embellir les faits ; il me paraît même évident que ceux qui ont compté plus de 1000 villes en Ibérie ne l'ont fait aussi que pour avoir donné le nom de villes à de simples bourgades, le pays ne comportant pas naturellement un grand nombre de villes, tant le sol en est pauvre, la situation peu centrale et l'aspect sauvage, et les moeurs des Ibères, ainsi que leur manière de vivre (j'excepte ceux du littoral de la mer Intérieure), ne supposant rien non plus d'analogue, puisque la sauvagerie est le fait des populations qui vivent dispersées dans des bourgs et que la plupart des Ibères sont des sauvages, sans compter que les villes elles-mêmes ne peuvent guère exercer leur influence civilisatrice, quand la majeure partie de la population continue à habiter les bois et menace de là la tranquillité de leurs voisins."
Les Celtibères font leur entrée dans l'histoire à la fin du IIIe s. av. J.-C. dans le cadre de la seconde Guerre Punique.