Sogiontes [Segestériens] - Peuple de la province de Gaule narbonnaise, il ne fut mentionné qu'à deux reprises dans l'antiquité, sous son nom originel. La plus ancienne attestation, sous la forme SOGIONTI, figurait sur le trophée des Alpes d'après Pline (Histoire naturelle, III, 137). Ils furent de nouveau mentionnés sur une inscription de Saint-Romain-en-Gal sous la forme CIVITAT(IS) SOGION[TI]OR(VM) (CIL 12, 1871). Cette cité fut mentionnée par la suite beaucoup plus tardivement dans la Notice des Gaules, à la fin du IVe s. ap. J.-C., par le nom ciuitas Segesteriorum, que l'on peut traduite et franciser par la "cité des Segesteriens (habitants de Segustero)". Le territoire de ce peuple s'étendait, depuis la rive droite de la Durance et la basse-vallée du Buëch, sur la Montagne de Lure et la portion orientales du massif des Baronnies. Leur capitale était Segustero (Sisteron).
Nous ne savons presque rien des Sogiontes. Leur mention dans l'inscription dédicatoire du trophée des Alpes (7-6 av. J.-C.) implique qu'ils furent vaincus dans le cadre des campagnes augustéennes menées dans les Alpes (dernier quart du Ier s. av. J.-C.). La défaite des Sogiontes n'a pas été évoquée par les auteurs de l'antiquité. Tout porte à croire qu'ils furent comptés parmi ces "Capillates", vaincus lors de la conquête des Alpes maritimes (14 av. J.-C.). Après leur défaite, les Sogiontes furent vraisemblablement intégrés directement à la province de Gaule narbonnaise, et peut-être attribués à l'administration de la cité des Voconces.
L'unique attestation du fait qu'ils gagnèrent leur autonomie, provient de l'inscription du IIe s. ap. J.-C., découverte à Saint-Romain-en-Gal, où il est fait mention d'un "décurion de la cité des Sogiontes" (CIL 12, 1871).
Au cours de la dernière décennie du IIIe s. ap. J.-C., dans le cadre de la réforme provinciale de Dioclétien, la province de Gaule narbonnaise disparut en tant que telle. Le territoire des Sogiontes fut quant à lui intégré à la nouvelle province de Narbonnaise seconde. A la même époque, à l'instar de nombreuses cités du sud de la Gaule, la cité des Sogiontes prit le nom du gentilé des habitants de leur métropole et devint la ciuitas Segesteriorum (Notice des Gaules).
Inscription de Saint-Romain-en-Gal (CIL 12, 1871) D(IS) M(ANIBVS) [...] MINNI VENVSTI [DE]C(VRIONIS) CIVITAT(IS) SOGION[TI]OR(VM) ET SEXTI MINNI VALERIANI FILI(I) EIVS ET SEX[TI] [M]INNI QVINTILIANI [...] MINNIVS VESTINVS EMERITVS COH(ORTIS) XIII VRB[ANAE] DECVRIO LVG(VDVNENSIVM) VENVSTO [P]ATRI VALERIANO FRATRI [Q]VINTILIANO CONSO[BR]INO KARISSIMIS POSVIT [ET] SVB ASCIA DEDICAVIT
"Aux Dieux Mânes de […] Minnius Venustus, décurion de la cité des Sogiontes et Sextus Minnius Valerianus, son fils, et Sextus Minnius Quintilianus. […] Minnius Vestinus, vétéran de la cohorte XIII Urbana, décurion des Lugdunenses, pour Venustus son cher père, Valerianus son cher frère et Quintilianus son cher cousin (côté maternel), a posé (cette stèle) et l'a dédié sous l'ascia."
L'inscription du trophée de La Turbie (selon Pline, Histoire naturelle, III, 136-137) IMP(ERATORI) CAESARI DIVI FILIO AVG(VSTO) PONT(IFICI) MAX(IMO) IMP(ERATORI) XIIII TR(IBVNICIA) POT(ESTATE) XVII S(ENATVS) P(OPVLVS)Q(VE) R(OMANVS) QVOD EIVS DVCTV AVSPICIISQVE GENTES ALPINAE OMNES QVAE A MARI SVPERO AD INFERVM PERTINEBANT SVB IMPERIVM P(OPVLI) R(OMANI) SVNT REDACTAE GENTES ALPINAE DEVICTAE TRVMPILINI CAMVNNI VENOSTES VENNONETES ISARCI BREVNI GENAVNES FOCVNATES VINDELICORVM GENTES QVATTVOR COSVANETES RVCINATES LICATES CATENATES AMBISONTES RVGVSCI SVANETES CALVCONES BRIXENETES LEPONTI VBERI NANTVATES SEDVNI VARAGRI SALASSI ACITAVONES MEDVLLI VCENNI CATVRIGES BRIGIANI SOGIONTI BRODIONTI NEMALONI EDENATES ESVBIANI VEAMINI GALLITAE TRIVLLATI ECTINI VERGVNNI EGVITVRI NEMETVRI ORATELLI NERVSI VELAVNI SVETRI
Carte : Le territoire des Voconces, des Avantiques et des Sogiontes, carte établie d'après celle de J. Planchon (2004) (Voir bibliographie)
Sources
• J. Planchon, De Luc à Die : Le chassé-croisé des capitales voconces in Capitales éphémères, des capitales de cités perdent leur statut dans l'antiquité tardive, Tours, 2004, Revue Archéologique du Centre de la France.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
• Julien Quiret pour l'Arbre Celtique