Le sacerdos Romae et Augusti (prêtre de Rome et d'Auguste)
Le sacerdos Romae et Augusti (prêtre de Rome et d'Auguste)
Les notables délégués par les différentes cités gauloises (les cités d'Aquitaine, de Lyonnaise et de Belgique) pour siéger au Conseil fédéral des Trois Gaules désignaient chaque année un sacerdos, prêtre provincial du culte impérial (1), chargé de présider aux offices de ce culte et à cette assemblée. Ce prêtre était choisi parmi les notables ayant la citoyenneté romaine et ayant rempli les dignités de flamen augustalis "flamine augustal" dans leur cité, couronnant une longue carrière municipale par une charge prestigieuse (2). Plus rarement ce prêtre pouvait avoir effectué une autre carrière, telle une milice équestre (3).
En 12 av. J.-C., le premier prêtre de Rome et d'Auguste fut l'ÉduenCaius Iulius Vercondaridubnus (Tite-Live, Periochae, 139). Ses successeurs furent principalement désignés parmi les notables des cités de Gaule aquitaine (uniquement les cités de Gaule celtique intégrées à l'Aquitaine par Auguste), des cités de Gaule lyonnaise et dans une bien moindre mesure, des cités de Gaule belgique. Il serait bien entendu risqué de tirer de plus amples conclusions quant à l'origine de ces prêtres provinciaux du culte impérial, tant les sources disponibles sont lacunaires. En effet, seule une quarantaine de prêtres sont connus, sur la période d'activité du sanctuaire fédéral des Trois Gaules de plus de trois siècles (entre 12 av. J.-C. et le milieu du IVe s. ap. J.-C.).
Loin de n'endosser qu'un rôle symbolique, le prêtre de Rome et d'Auguste pouvait être partie prenante dans les débats qui agitaient le Conseil fédéral des Trois Gaules. Ainsi, lorsque Tiberius Claudius Paulinus était gouverneur de la province de Lyonnaise (219-220 ap. J.-C.), il mécontenta plusieurs délégués gaulois qui envisagèrent de déposer une plainte à son encontre auprès du Sénat de Rome. Le prêtre de Rome et d'Auguste Titus Sennius Sollemnis s'opposa à cette motion. L'autorité du prêtre de Rome et d'Auguste suffit à pousser les délégués gaulois à abandonner leur accusation (CIL 13, 3162 (4, p 38) - côté droit) (4).
La tradition romaine faisait de l'évergétisme une obligation morale pour les notables exerçant une importante fonction municipale, qu'elle fut profane ou religieuse. Ces largesses étaient prodiguées par les flamines augustaux, elles s'imposaient donc a fortiori aux prêtres de Rome et d'Auguste. Ceux-ci faisaient donc preuve de libéralités, que ce soit en organisant des festivités ou encore en finançant la construction d‘édifices d'utilité publique, et ce, probablement dés leur entrée en charge (5). Ainsi, sur l'inscription de Vieux (CIL 13, 3162 (4, p 38) - panneau central) il est indiqué que le ViducasseTitus Sennius Sollemnis a fait donner des spectacles, dont quatre jours de combats de gladiateurs. Dans sa cité, Titus Sennius Sollemnis a fait construire des termes (dont la construction avait été décidée par son père) sur ses propres fonds et les a doté de moyens permettant à terme, de les restaurer. De la même manière, le Santon Caius Iulius Rufus a, avec ses fils, fait édifier sur ses fonds propres l'amphithéâtre du sanctuaire fédéral où se tenait le Conseil fédéral des Trois Gaules, son podium (CAG-69-02, p 293) et l'arc de Saintes (CIL 13, 1036). A Bois l'Abbé, Lucius Cerialius Rectus a offert au pagus des Catuslogues un théâtre avec une avant-scène et ses ornements (AE 1978, 501 ; 1982, 716 ; 2006, 836). A Metz, c'est une piscine et ce camp d'entraînement qui furent offerts par un prêtre de Rome et d'Auguste médiomatrique (CIL 13, 4324). Titus Flavius Postuminus a dispensé ses bienfaits à ses compatriotes et a offert des statues en l'honneur des divinités des pagi de la cité des Riedones à la basilique du temple de Mars Mullo (dont il fut auparavant flamine perpétuel) (AE 1969/70, 405a et 405c), dont une à l'effigie de Mercure Atepomarus du pagusMatantis (AE 1969/70, 405b). Dans la même cité, un autre sacerdos, Lucius Campanius Priscus et son fils Lucius Campanius Virilis, ont également offert des statues à l'effigie de Mars Mullo du pagusMatantis (CIL 13, 3148 (4, p 38)) et du pagusSextanmanduius (CIL 13, 3149 (4, p 38)) et de Mars Vicinnus du pagusCarnutenus (CIL 13, 3150 (4, p 38)). Dans la cité des Lingons, c'est une très onéreuse statue de Mars Cicolluis qui fut offerte par Caius Iulius Tutillus (AE 2004, 998). Chez les Pétrocores, le prêtre Marcus Pompeius Libo, fils de Caius Pompeius Sanctus, a restauré à ses frais le temple de la déesse Tutela et les thermes publics (CIL 13, 939). Le même prêtre, ou peut-être un autre, a également restauré un autre monument de Vesunna, très certainement un temple, et probablement une forte somme d'argent destinée à son entretien (CIL 13, 11047a-c). En plus de participer à l'embellissement de leur ville et l'organisation de spectacles, l'évergétisme des prêtres de Rome et d'Auguste se traduisait très certainement par divers bienfaits et ravitaillements, aux profits de la plèbe. En remerciement pour les bienfaits apportés, leur cité d'origine faisait alors ériger un monument en leur honneur (inscription, statue, etc.), tel que les Cadurques le firent pour Marcus Lucterius Leo (CIL 13, 1541 (4, p 20)), les Riedones pour Titus Flavius Postuminus (AE 1969/70, 405a).
(1) Le prêtre provincial du culte impérial est uniquement qualifié de sacerdote par Tite-Live (Periochae, 139). Les nombreuses inscriptions lapidaires qui les évoquent révèlent quant à elles un grand nombre de variantes à leur dénomination officielle. Ainsi, on relève QVI SACERDOTIVM AD CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1672) ; SACERDOS ROMAE ET AVGVSTI AD ARAM AD CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1674) ; SACERDOS ROMAE ET AVGVSTI AD ARAM QVAE EST AD CONFLVENTEM (CIL 13, 1036) ; SACERDOS ROMAE ET AVGVSTORVM (CAG-69-02, p 293) ; SACERDOS ROMAE ET AVGVSTORVM (CIL 13, 1675 ; 3528) ; SACERDOTI AD ARAM CAESARIS NOSTRI APVD TEMPLVM ROMAE ET AVGVSTORVM INTER CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1702) ; SACERDOTI AD ARAM CAESARIS NOSTRI (CIL 13, 1684 ; 1717) ; SACERDOTI AD ARAM CAESSARVM NNOSTRORVM APVD TEMPLVM ROMAE ET AVGVSTORVM INTER CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1712) ; SACERDOTI AD ARAM ROMAE ET AVGGVSTORVM INTER CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1710) ; SACERDOTI AD ARAM ROMAE ET AVGVSTORVM (CIL 13, 1694) ; SACERDOTI AD TEMPLVM ROMAE ET AUGGGVSTORVM (CIL 13, 1691) ; SACERDOTI AD TEMPLVM ROMAE ET AVGVSTORVM AD CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1714 ; 1716) ; SACERDOTI APVD ARAM CAESARVM AD TEMPLVM ROMAE ET AVGVSTORVM (CIL 13, 11174) ; SACERDOTI ARAE AVGVSTI INTER CONFLVENTEM ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1541 (4, p 20)) ; SACERDOTI ARAE INTER CONFLVENTES ARARIS ET RHODANI (CIL 13, 1719 ; 2940 (4, p 35) ; AE 1992, 1240 ; ILGLyonnaise p 37) ; SACERDOTI (CIL 13, 5353) ; SACERDOTI ROMAE ET AVGVSTI AD CONFLVENTEM (CIL 13, 1042 ; 1043 ; 1044 ; 1045 (4, p 10)) ou encore SACERDOTIS AD ARAM CAESARIS NOSTRI (CAG-26, p 618). Plus hypothétiquement, la dénomination SACERDOS AVGVSTORVM (CAG-39, p 529 ; AE 2004, 998) pourrait s'y rapporter.
(2) Sur un certain nombre d'inscriptions, il est clairement indiqué que le sacerdos avait auparavant été promu à tous les honneurs dans sa cité d'origine. Au IIe-IIIe s. ap. J.-C., cette carrière était résumée par les formules : APVD SVOS OMNIBVS HONORIBVS MVNICIPALIBVS FVNCTO (CIL 13, 1710) ; APVD SVOS OMNIBVS PVBLICIS HONORIBVS FVNCTO (CIL 13, 1698) ; OFFICIIS ET HONORIBVS OMNIBVS DOMESTICIS FVNCTO (CIL 13, 5353) ; OMNIBVS HONORIBVS APVD SVOS FVNCTO (CAG-26, p 618 ; CIL 13, 1687 ; 1688 ; 1691 ; 1695 ; 1702 ; 1714 ; 1719 ; 2940 ; 11174 ; AE 1992, 1240 ; ILGLyonnaise p 37) ; OMNIBVS HONORIBVS IN PATRIA FVNCTO (CIL 13, 1541 (4, p 20)) ; OMNIBVS HONORIBVS MVNERIBUSQUE IN [...] (CIL 13, 3162 (4, p 123)) ; PRIMO OMNIVM EX CIVITATE SEGVSIAVORVM (CIL 13, 1712) ou encore SVMMIS HONORIBVS APVD SVOS FVNCTO (CIL 13, 1714).
(3) Chez les Santons, Caius Iulius Victor n'a effectué de prêtrise, mais seulement un début de carrière équestre, puisqu'il ne fut que praefectus fabrum "préfet des ouvriers" et tribuno militum "tribun militaire" d'une cohorte avant d'accéder à la charge de prêtre de Rome et d'Auguste (CIL 13, 1042-1045). Ce fut également le cas de son cousin, Caius Iulius Rufus (CIL 13, 1036). Chez les Trévires, une inscription découverte à Mayence révèle que le prêtre de Rome et d'Auguste n'a également effectué qu'une carrière équestre (complète, celle-ci) (AE 1968, 321). On retrouve ce même profil chez Caius Suiccius Latinus, prêtre de Rome et d'Auguste issu de la cité des Viromanduens d'après une inscription découverte à Saint-Quentin (CIL 13, 3528). Sur une inscription découverte à Lyon, il est indiqué que le prêtre de Rome et d'Auguste a effectué une longue carrière équestre, après avoir été flamen augustalis "flamine augustal" dans sa cité (CIL 13, 1684).
(4) Le loyalisme de Titus Sennius Sollemnis fut richement récompensé par Tiberius Claudius Paulinus, devenu gouverneur de la province de Bretagne inférieure (220-221 ap. J.-C.) et par son successeur à la tête de la Lyonnaise, Marcus Aedinius Iulianus (CIL 13, 3162 (4, p 38)).
(5) A l'accession à une magistrature importance, il était d'usage de donner des jeux.
Tite-Live, Histoire romaine (Periochae), CXXXIX :"Des cités de Germanie, situées en deçà et au-delà du Rhin sont assiégées par Drusus. - Fin du tumultus qui avait éclaté en Gaule à cause du recensement. - Dédicace de l'autel du dieu César au confluent de l'Arar et du Rhône ; on nomme comme prêtre C. Iulius Vercondaridubnus, un Héduen."